Laique

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Nous, citoyens, estimons que la société doit être tolérante, ouverte à toutes et à tous, dans le respect d'autrui et de ses conceptions philosophiques ou religieuses ; que dans cette optique, il faut considérer la religion comme une affaire ressortant strictement de la sphère du privé.

Nous, citoyens, estimons que quel que soit le poids de l'histoire, les lois que la société se choisit librement doivent être déterminées par les hommes en dehors de toute référence à une quelconque transcendance ou à un sacré quel qu'il soit ; que ces lois doivent protéger tout individu des menaces qui pourraient peser sur sa liberté de pensée ; que nulle religion et plus généralement nul système de pensée ne peut avoir la prétention de régler l'univers, toujours et en tout, une fois pour toutes.

Nous, citoyens, estimons que, dans le cas particulier de la Belgique, il convient de séparer complètement les cultes et l'état ; qu'il faut cesser de subsidier les cultes ; qu'il est urgent et nécessaire d'en discuter les modalités, car nous sommes conscients des problèmes de tous ordres, politique, social et économique, qu'une telle démarche comporte.

Nous, citoyens, estimons que, dans le cas particulier de la Belgique, la notion de neutralité a pris le pas sur la notion de laïcité ; qu'il s'agit d'un trompe-l’œil dont l'utilité sociale et politique a certes été indiscutable, mais est à présent dépassée ; qu'il n'est pas normal que l'ensemble des citoyens financent des cultes dont la pratique, même occasionnelle, est désormais minoritaire ; qu'au contraire, en continuant dans cette voie, on accentue les risques d'un repli communautaire dont les périls sont évidents et imminents.

Nous, citoyens, estimons que la trilogie « liberté, égalité, fraternité » résume un idéal qui ne peut être atteint que si tous les citoyens se comprennent les uns les autres, notamment, dans le respect de chacun, en examinant de manière critique et courtoise les conceptions et les convictions d'autrui ; que c'est à l'enseignement public d'y pourvoir en premier lieu ; qu'il convient de lui rendre les moyens nécessaires au lieu de subsidier des enseignements partisans et communautaires, ceci quelles qu'en soient la qualité et les mérites ; que là aussi, une réflexion en profondeur est urgente et nécessaire, ceci d'autant que dans le domaine de l'enseignement, les problèmes liés à une transition vers une société complètement laïque sont grands.

Nous, citoyens, estimons que pour arriver à notre idéal de paix, de tolérance et de justice, d'égalité réelle entre toutes et tous, de respect d'autrui, la voie seule de la persuasion est à suivre ; qu'il ne faut rien interdire que ce qui est nocif à autrui ; qu'il faut réaffirmer le droit de chacun de critiquer ou de pratiquer une religion, d'en changer ou de n'en avoir aucune ; qu'en laissant les croyances et les convictions où elles doivent être, dans la conscience, et de préférence dans la conscience critique, on permet un débat serein sur des questions qui ont toujours divisé l'humanité et qui continuent à engendrer massacres, atrocités et abus divers sur la planète entière ; qu'il ne s'agit pas d'une utopie mais au contraire d'une étape raisonnable dans l'aventure de la pensée humaine ; qu'il convient de répéter notre appel à la liberté, à la conscience et à l'altruisme.

Nous, citoyens, estimons que la tolérance ne ressort pas de l'indifférence ou de la faiblesse ; qu'elle est mue par une force irréfragable qui ne vise pas à conditionner, mais à convaincre, ni à écraser ou à soumettre, mais à émanciper ; que la laïcité est une sagesse apaisée et bienveillante ; que la beauté de son idéal vient de son humanité même.

Nous, citoyens, lançons un appel aux pouvoirs et aux consciences pour que notre démarche soit prise en compte, et dans ce but, signons ce manifeste.

Jean Rebuffat, journaliste.